Les saisons n'étaient plus que des musées, que nous visitions au gré de nos humeurs vacillantes. Nous avions préféré au lointain brasillement silencieux des astres évocateurs la luminescence criarde de nos écrans et les rassurants halos orangés de nos réverbères. Nous amoindrissions les cahots du chemin jadis promesses d'inconnu dans le confort aseptisé de nos salons climatisés, dopés que nous étions aux échos d'un monde désormais étranger, pulsant aux rythmes décadents d'une quotidienneté pervertie par nos abus soporifiques. Les mystères ne s'étaient pourtant pas enfuis, et ils nous drapaient au même titre que jadis de leurs éternels oripeaux. Mais nous ne leur étions plus sensibles, car nous avions préféré les certitudes imaginaires, les formules creuses et la vacuité de prévenances artificielles aux aléas du réel.
La première fois que je la vis, c'était en rêve. Elle me devançait de peu dans un épais brouillard. Nous étions hors d'haleine, poursuivis à travers les ruines de l'ancienne cité. Nous courûmes et courûmes dans la lumière blême des lampadaires, assez longtemps pour semer nos poursuivants, puis nous nous arrêtâmes dans une cour tapissée de graffitis délavés par les ans. Nos respirations se détachaient nettement dans l'air froid et humide. Nous laissâmes s'écouler quelques instants en silence, puis elle m'embrassa avec fougue et je la pris là, de suite, par derrière, ses mains s'agrippant aux mailles distendues d'une vieille clôture, nos respirations redevenant saccadées jusqu'à un commun crescendo, puis baissant à nouveau de concert. Sans dire un mot, elle rajusta son pantalon, m'embrassa sur la joue, sourit tristement, puis disparut dans l'aube naissante.
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